Référence : Michel Onfray, "Contre histoire de la littérature tome 1", Le réel n'a pas eu lieu, Le principe de Don Quichotte, éditions Autrement, 2014, 208 pages

Du nouveau dans l'univers "onfraysien" : il se lance comme à son habitude [1] dans un grand chantier en visant cette fois-ci la littérature, un vaste panorama intitulé "Contre-histoire de la littérature" qu'il  pense décliner en six volumes.

Sa Contre-histoire de la littérature va couvrir une œuvre par siècle et se propose d'examiner des romans ou des œuvres littéraires générateurs de concepts, qui ont donné des substantifs : dantesque, rabelaisien, donquichottesque, sadique, bovaryque, kafkaïen. Ce qu'il a amené à relire ces œuvres maîtresses que sont la Divine Comédie de Dante, Gargantua de Rabelais, Don Quichotte de Cervantès, Les 120 Journées de Sodome du marquis de Sade, Madame Bovary, de Gustave Flaubert et Le Château de Kafka

Michel Onfray considère que son travail de recherche doit reposer sur l'analyse d'une œuvre confrontée à la biographie et à la correspondance de son auteur, comme il l'a fait pour écrire son "Camus", relisant l'œuvre complète puis partant pour Alger ou pour Tipasa sur ses traces, ce qu'on appelle dit-il la « déconstruction existentielle. » Il prend l'exemple du marquis de Sade dont tout le monde admet qu'il a écrit des fictions littéraires et qu'il a été emprisonné pour cette raison, pour ses écrits qui choquaient la morale publique. Or, à la lecture de la biographie de Sade, on s'aperçoit que c'est bien les turpitudes de son mode de de vie qui expliquent ses incarcérations.

Contre histoire de la philosophie, Freud

Pour Michel Onfray, Don Quichotte n'est pas un gentilhomme sympa tout dévoué à son idéal et qui dégage une grande tendresse. Une première lecture permet d'y voir un roman d'aventure, mais en approfondissant, (ce qu'il appelle la contre-histoire) en faisant abstraction de l'analyse existante généralement admise (la tradition littéraire), il y voit ce qu'il nomme « l'archétype du dénégateur » .

La dénégation telle qu'il la conçoit (refusant toute référence freudienne) naît d'une révolte contre lui-même de celui qui s'en veut de n'avoir pas été à la hauteur, qui se dévalorise en refusant de l'admettre. (d'où sa violence) Beaucoup de violeurs et de menteurs nient leurs actes, refusent le réel et évacuent l'image dégradée qu'ils auraient d'eux-mêmes. L'idéal pour avoir un sens ne doit pas prendre le pas sur le réel, il doit êtrre « un principe directeur, pas un acte de foi. » Tous ceux qui "croient", chrétiens, militants, disciples... suivent aveuglément les canons de leur croyance, leur dogme, avant de penser librement. A cet égard, l'exemple de la lecture est symptomatique. Certains livres ne font qu'entretenir, que conforter les a priori, dangereux quand ils poussent à la violence car écrit-il « on a tué au nom de la Bible, du Talmud, du Coran, du Contrat social, du Capital, de Mein Kampf, du Petit Livre rouge, de la Critique de la raison dialectique...» D'autres livres en revanche prêtent à la réflexion, à l'insoumission comme cite-t-il, « Les Fleurs du mal ou La Recherche du temps perdu ».

Lorsque la réalité refuse de se plier aux désirs de Don Quichotte, qu’elle le met en difficulté, il trouve un responsable, un bouc-émissaire. Il désigne par exemple quelque mage qui dirige son pouvoir contre le bon peuple, ou une « manip » dirait-on aujourd’hui, dont il est victime. Ainsi, le réel est évacué, ignoré, sans existence. Don Quichotte devient le symbole de celui qui prend ses désirs pour la réalité. De cette façon, Don Quichotte prend les moulins pour des géants, sous le regard réprobateur de Sancho Pança.
La grille de lecture de Michel Onfray nous permet au moins de revisiter les classiques de la littérature, de les voir sous un autre angle, avec l’interprétation personnelle du monde qu’elle sous-tend. 

our Sade par exemple, l'aspect biographique est essentiel. Tout le monde dit que ce qu'écrit Sade est une fiction littéraire, que c'est parce qu'il n'a pas eu une sexualité débauchée qu'il avait cette écriture-là, et que c'est l'écrivain seul qui a été emprisonné sous la monarchie, la République et l'Empire. Or, ce n'est pas ce qu'on découvre quand on lit la biographie de Gilbert Lely! Mon hypothèse est qu'il a été un délinquant sexuel, qu'il y eut séquestrations, tortures, actes de barbarie, traitements inhumains et dégradants... Ce sont ses actes qui l'ont conduit en prison, et non une éventuelle liberté de pensée et d'expression.  
En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/culture/livre/michel-onfray-balance-sur-houellebecq-et-angot_1510508.html#U2kJ8LQqpev1FL4V.99

Notes et références
[1] Il a déjà publié une "Contre-histoire de la philosophie" en 10 volumes, dont deux à paraître, le Journal hédoniste qui en est à son sixième tome, la Philosophie féroce en trois volumes, (trois autres sont prévus) ainsi qu'une série de monographies sur des peintres contemporains en six volumes.

* Michel Onfray, interview à L'Express

* Voir aussi mon site consacré à Michel Onfray --

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Surtout pas. C'est ce que je fais en philosophie: l'oeuvre complète lue dans l'ordre chronologique en confrontation avec la correspondance et la biographie. Si on veut être pédant, c'est ce qu'on appelle la déconstruction existentielle.  

Cela marche également pour la littérature. Pour Sade par exemple, l'aspect biographique est essentiel. Tout le monde dit que ce qu'écrit Sade est une fiction littéraire, que c'est parce qu'il n'a pas eu une sexualité débauchée qu'il avait cette écriture-là, et que c'est l'écrivain seul qui a été emprisonné sous la monarchie, la République et l'Empire. Or, ce n'est pas ce qu'on découvre quand on lit la biographie de Gilbert Lely! Mon hypothèse est qu'il a été un délinquant sexuel, qu'il y eut séquestrations, tortures, actes de barbarie, traitements inhumains et dégradants... Ce sont ses actes qui l'ont conduit en prison, et non une éventuelle liberté de pensée et d'expression.  


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