Solstice d'hiver. Alain, les Juifs, Hitler et l’Occupation

Référence : Michel Onfray, Solstice d’hiver, Alain ( 1868-1951), Éditions de l'Observatoire, 120 pages, mars 2018

       Alain et Onfray

Cette fois-ci, Michel Onfray, le « déboulonneur d’idoles » comme on l’a parfois surnommé,  s’est penché sur le "Journal inédit" du philosophe Alain, et met la plume là où ça fait mal.

Après la lecture de ce document, Michel Onfray s’est interrogé sur ce qui fait  que « un pareil homme, averti de la nature humaine comme il l’était, ait pu tenir des propos indéfendables. » Il note d’emblée que « Alain, c’était une institution. Avec ce Journal, il risque de devenir un pestiféré. »

Pour lui, il ne s’agit nullement de morale mais de faire œuvre « d’historien des idées ». Il veut rester parfaitement objectif et rejeter tous les spécialistes d’Alain, leurs tentatives plus ou moins maladroites d’explications susceptibles d’indulgence.

        
                                     Alain en 1931, sa statue à Mortagne

À l’époque, Alain était physiquement beaucoup diminué, il avait été terrassé par une attaque cérébrale en 1937 et était perclus de rhumatismes aigus très douloureux. Son Journal, où par définition il n’écrit que pour lui-même, peut être ainsi considéré comme son versant sombre ou comme sa vérité intime, ce qui n’a jamais transpiré dans sa vie ou ses écrits.

Michel Onfray, selon sa méthode, préfère en revenir au texte pour forger son argumentaire, en extraire preuves et éléments probants.

Il faut dire que les idées qu’il confie à son Journal sont accablantes : « J’espère que l’Allemand vaincra, car il ne faut pas que le genre de Gaulle l’emporte chez nous. » Hitler, dans Mein Kampf, traite de la « question juive » avec « une éloquence extraordinaire et une remarquable sincérité », c’est « un esprit moderne, un esprit invincible ». Belle page d’anthologie datée du 22 juillet 1940, écrite par un homme héros de la Grande Guerre, antimilitariste et pacifiste, professeur de khâgne adulé au lycée Henri-IV, esprit libre et radical, soutien du Front populaire, fustigeant les puissants dans ses Propos et autres tribunes dans la presse. Un homme au-dessus de tout soupçon.

                     
Le miroir aux alouettes
Une autobiographie politique                                 Construction d'une érotique solaire

Ce Journal, tenu entre 1937 et 1950, était connu bien sûr de tous les spécialistes d’Alain mais était resté assez confidentiel. Mais sa publication en intégrale par les éditions des équateurs, une édition documentéeavec notes et belle présentation établie par Emmanuel Blondel, met sur la place publique toutes les pièces du dossier.

Michel Onfray, en lecteur admiratif de son compatriote normand, attaque le premier, avec la vigueur polémique qu’on lui connaît : « Alain, c’était une institution, note-t-il d’emblée. Avec ce Journal, il risque de devenir un pestiféré. »

Alain, « pétainiste, vichyste, collaborationniste », certes mais quand même dans les plis secrets d’un journal intime et pas dans des journaux collaborationnistes comme d’autres ou par une collaboration active.

Ce que montre Michel Onfray, après des historiens comme Marc Ferro, ce sont les ambiguïtés du pacifisme parmi les combattants de la Grande guerre. Ce pacifisme, il l’exprime d’abord dans son livre Mars ou la guerre jugée en 1921 puis de façon concrète comme cofondateur du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes en 1934, confondant en 1940 paix et Occupation.

Comme le souligne Michel Onfray, après ce qu’il appelle « le solstice d’hiver d’Alain, sa nuit la plus longue, » « Le pacifisme n’est défendable que tant que la guerre n’est pas nécessaire ».

                            

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