Jusqu'à présent, Michel Onfray a publié six ouvrages sur les voyages qu'il a effectués :

  1. À côté du désir d'éternité. Fragments d'Égypte, Mollat, 1998
  2. Esthétique du pôle Nord. Stèles hyperboréennes, Grasset, 2002
  3. Théorie du voyage. Poétique de la géographie, LGF, 2007
  4. Les Bûchers de Bénarès. Cosmos, Éros et Thanatos, Galilée, 2008
  5. Nager avec les piranhas. Carnet guyanais, Gallimard, 2017
  6. Le Désir ultramarin. Les Marquises après les Marquises, Gallimard, 2017

      Seuls les deux derniers font l'objet de cette présentation.

1- Nager avec les piranhas

Référence : Michel Onfray, "Nager avec les piranhas", « Carnet guyanais », NRF/Gallimard, essai paru en novembre 2017

        

« Nous sommes d'un temps dont la civilisation est en danger de périr par ses moyens de civilisation. »
Nietzsche, Humain, trop humain, cité par Michel Onfray

Michel Onfray part de son séjour en 2015 à Cayenne , Kourou, Maripasoula puis à Taluhwen (Taluhen), parmi les Wayanas, un peuple installé le long du fleuve Maroni, en compagnie du photographe Miquel Dewever-Plana. Il lui semble très vite que ces amérindiens vont être à terme détruits par l’intrusion de la technologie occidentale qui peu à peu sape les fondements de leur civilisation.

La France impose à ces populations une "loi jacobine" inadaptée à leur mode de vie qu’ils vivent comme une terrible déchirure psychologique. Pour preuve, le nombre de suicides parmi les jeunes Amérindiens, le fleuve pollué par le mercure de l’orpaillage, l'extension de l'alcoolisme, l'enseignement centré sur les programmes de la métropole, l’abandon des pratiques ancestrales du chamanisme ou du Maraké… Il se souvient du jeune Derrick, écartelé entre quitter son village en abandonnant les solidarités familiales et claniques et demeurer au pays sans travail, sans plus de culture ancestrale.

       Des Amérindiens

Il déclare notamment :
« La France… a proposé d'inscrire le Maraké au patrimoine mondial immatériel de l'Unesco, comme les paysages de Champagne… l'État voudrait ainsi sauver d'une main ce qu'il tue depuis des années avec détermination de l’autre. » […] Cette pratique est très éloignée des mentalités occidentales et « L'État français n'a rien compris, pas plus que les fonctionnaires internationaux de l'Unesco. (…)  ».

Michel Onfray éreinte le rapport rédigé par deux parlementaires en 2015 sur la prévention des suicides des jeunes Amérindiens dont les taux est entre dix et vingt fois supérieur aux jeunes métropolitains. Il y voit une incompréhension totale des véritables problèmes de ces jeunes, écrivant que «de la même manière que jadis, chez Lénine, le bonheur des peuples européens passait par le soviet + l'électricité, celui des Amazoniens passe désormais par la préfecture + l'Internet ».

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2- Le désir ultramarin

Référence : Michel Onfray, "Le désir ultramarin. Les Marquises après les Marquises", éditions Gallimard, collection Blanche, 128 pages, novembre 2017

« Le désir ultramarin est une magnifique ode hédoniste à la beauté du monde en même temps qu’une réflexion sur un thème éternel: comment naissent, vivent et meurent les civilisations ? »
Franz-Olivier Giesbert, Le Point

      

Pour Michel Onfray, l’ultramarin, c’est cette mystérieuse attirance qu’ont ressenti certains artistes en découvrant le mode de vie des populations polynésiennes, si différent de ce qu’ils pouvaient s’imaginer. Il a cette réflexion sur la mentalité des polynésiens : « Ici, la sagesse est indissociable d’une thérapie. La pensée n’est pas faite pour elle-même ou pour la connaissance pure, comme en Occident, mais pour produire des effets dans le réel, pour produire des effets de réel – comme à Athènes et Rome, mais pas comme à Königsberg, Iéna ou Paris ».
Mais déjà en 1903, l’évangélisation avait des effets néfastes sur le tissu social de ce petit paradis ultramarin.

Victor Segalen, l’écrivain breton, dépressif et opiomane, élevé selon les sacro-saints préceptes d’un catholicisme qu’il n’eut de cesse de rejeter, en quête « d’un monde épargné par l’idéal ascétique chrétien ». Il est parti jusqu’à Hiva-Oa, une des îles Marquises, placer ses pas dans ceux de Paul Gauguin.
Lui si complexé, si tiraillé, y a trouvé un apaisement du corps et de l'esprit.

Michel Onfray avec Mylène Farmer

Les deux artistes, Gauguin comme Segalen, semblent trouver dans leurs séjours polynésiens, une sorte d’apaisement dont on peut se demander ce qui l’a provoqué. Michel Onfray penche plutôt pour un rejet des la mentalité occidentale judéo-chrétienne pour aller vers une autre façon de vivre, plus naturelle, plus authentique.

Avec les récits que Gauguin et Ségalen ont consacré à leur expérience, Michel Onfray retrouve les sensations d’un retour à la nature et d’une vie sans contraintes qui correspond bien à ses penchants libertaires. Il pense que « Ce qui tue une civilisation, c’est une autre civilisation, plus forte, plus puissante, plus dominatrice, plus toxique, plus dangereuse ».

Son récit alterne ainsi la narration avec le récit de voyage et la réflexion du philosophe sur la vie et la précarité des civilisations. Il pose à travers ce texte une question centrale en philosophie, de savoir si l’homme est bon par nature puis corrompu par la société ou s'il est traversé par des instincts égoïstes et agressifs que la société tente de canaliser.

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