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Frachet Essais-Philo

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11 avril 2024

Le Site Essai-Philosophie

Le Site Essai-Philosophie
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30 mai 2025

Catherine Clément, Martin et Hannah

« Vous étiez son foyer, et moi, son échappée. Il faut bien à la fin que l'enfant quitte la mère avant de revenir. Vous, son point d'attache. Moi, son escapade. » Hannah

Allemagne, Fribourg-en-Brisgau, 1975
Deux femmes âgées se retrouvent au chevet d'un homme en fin de vie, après avoir lutté un demi siècle pour dominer son
cœur, autour de tasses  de café qui étirent sans fin, des cigarette qu'Hannah fume les unes après les autres tandis que tombe la nuit sur la ville de Fribourg.


A propos du flirt de Martin avec le nazisme, Hannah préfère parler d'une "escapade" dont Elfride serait responsable parce qu'elle avait adhéré au parti nazi dès 1920, donc bien avant lui mais ce n'était sans doute que justifications. (p. 234-235)
Mais le temps a fait son œuvre,  elles savent que désormais elles ne seront plus vraiment ennemie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il somnole d'un sommeil traversé de cauchemars tandis que dans la pièce voisine, les deux femmes Elfride la légitime et Hannah l'amante, se jaugent et se jugent, déballant leurs souvenirs dans un temps suspendu, pensant à leurs espoirs évanouis.

Martin et Hannah : Lui le professeur connu et reconnu, elle son élève : quelque vingt ans les séparent, le philosophe "génial" poursuivi par son flirt nazi et elle la philosophe juive, amante apatride, lucide et amoureuse. Symbole des sublimes moments volés à la vie et au temps.
Voleuse d'homme, traitresse, elle sera toujours poursuivie par Elfride défendant son bien comme Harpagon sa cassette.

 












Catherine Clément             Martin Heidegger              Hannah Arendt

Elfride et Martin : L'épouse allemande qui défend "son" homme et sa légitimité d'épouse officielle, avec comme preuve absolue les deux enfants qu'elle lui a donnés. Symbole de de terre et de la chair, de la force de la durée.

Martin, Hannah, Elfride : dans ce trio sans avenir, chacun détient une part de vérité, des fragments de la mémoire de l'autre. Leur rivalité est infinie, et chacune reconnaît quelque part une certaine complémentarité qui émerge de l'acceptation de l'autre.

 

Martin est trop affaibli pour participer à ce duel de femmes, il n'est là qu'en filigrane, proie de ces femmes qui voudraient chacune s'emparer de sa dépouille. Un drame intime, personnel s'il ne s'agissait de deux grands philosophes de leur époque, Martin Heidegger et Hannah Arendt.

On retrouve ici la Catherine Clément du drame amoureux de La Senora ou de La valse inachevée ou de la fiction philosophique du Voyage de Théo.

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<< Christian Broussas - Martin-Hannah -   © CJB  ° 11/05/2025 >>
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20 août 2024

Cynthia Fleury, Un été avec Vladimir Jankélévitch

 Référence : Cynthia Fleury, Un été avec Vladimir Jankélévitch, Editions Equateurs parallèles, 2022

"Une approche décomplexée de ce grand classique" grâce à Vladimir Jankélévitch et sa présentatrice Cynthya Fleury.

Et pourtant, et pourtant… pourrait-on dire de Vladimir Jankélévitch, ce philosophe atypique qui aurait pu être particulièrement pessimiste sur l’humanité. De part ses origines, il a connu l’antisémitisme, il a ressenti la vie difficile de ses parents dans cette Europe du nord sujette aux pogroms, ce qu’il nomme « le malaise du semblable vis à vis du presque semblable. » Il aurait pu glisser vers le tragique de l’Histoire qui a tant marqué les années quarante et la guerre.

Et bien non ! Contre vents et marées, il demeure un éternel optimiste. Mais marqué malgré tout. Toutes ces années d'humiliation mais aussi de résistance lui auront laissé une certaine réticence vis-à-vis de l'Allemagne. Il prend quand même la philosophie avec philosophie à travers le « Je -ne- sais –quoi » et le « Presque-rien, » ses expressions préférées, [1] fidèle à son maître Henri Bergson.

            












Il restera toujours un grand mélomane, prisant des compositeurs aussi différents que Gabriel Fauré, Franz Liszt ou Maurice Ravel. Reliant intimement philosophie et musique, il tente de s’approcher de la virtuosité de Litzt et développe ses concepts à partir des œuvres de Ravel et de Fauré.

« Dans une vie libre, il y a la permission d'espérer qui est tout. Car la liberté, c'est l'espérance permise. »
Cynthya Fleury propose une présentation en deux grandes parties : ses domaines de prédilection (le temps, les vertus, l’amour, la musique, engagement et Histoire), puis ses concepts essentiels pour "vivre le monde". Il est, dit-elle, « le grand maître des paradoxes. » Par exemple, la liberté ne peut être « quelque chose qui est » car il est impossible de la posséder, elle est « libératrice, une dynamique de libération. »

Le temps, au sens du temps qui passe, peut être vu comme une répétition, un "éternel recommencement" mais « rien ne se répète, tout est inédit et inéluctable. » L’instant tel qu’il le définit est en même temps le premier (prima) et le dernier (ultima). Nouveau paradoxe pour cette notion insaisissable, autre facette du "presque rien" à laquelle il nous reste à donner du sens.  

Cynthia Fleury nous fait partager son appétence pour Jankélévitch et s’efforce (avec succès) de le rendre accessible. Elle nous dit de l’homme qu’il aimait l'instant insaisissable, adorait la musique, détestait l'ennui, maniait avec délectation l’humour et l’ironie… et que le plus important, c’est l'amour. Une philosophie elle aussi paradoxale qui balance entre exigence et légèreté. Un philosophe qui ne se prend (pas trop) au sérieux.

Notes et références
[1]  « Seulement voilà, écrit-il, deux grands camps s'affrontent en philosophie, qu'elle soit métaphysique ou morale : d'un côté, ceux qui croient toucher du doigt la vérité et, de l'autre, ceux qui sont conscients de ses multiples voiles, qui perçoivent non la vérité mais le je-ne-sais-quoi et le presque-rien. »

Voir aussi
* Interview de Jankélévitch --
* Mes fiches articles :
* Vladimir Jankélévitch, Biographie - L'aventure, l'ennui, le sérieuxEntre musique et philo -
* Cynthia Fleury, Bio, Ci-gît l’amerEmmanuel Lévinas --


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      < Christian Broussas – Jankélévitch - 20/08/2024 © • cjb • © >      

21 août 2023

Antoine Compagnon Un été avec Pascal

Référence : Antoine Compagnon, "Blaise Pascal", éditions Équateurs/France-inter, Collection Parallèles. Un été avec..., 240 pages, juin 2020
 

               


« Lire Pascal peut nous aider. » 

Après Baudelaire et Montaigne, Antoine Compagnon nous propose de passer un été avec Blaise Pascal. Eux qui toujours défendirent la liberté d’esprit abordent les questions fondamentales liées à la condition humaine et son rapport à la société, à l’univers, au pouvoir, à la mort…
 

  Antoine Compagnon
 

En quarante et un chapitres (dont six inédits), Antoine Compagnon parle de Pascal et de ses idées, s’efforçant de nous aider à comprendre des formules parfois assez obscures, il nous guide aussi dans l’exploration des méandres de sa réflexion, balayant des thèmes aussi divers que la violence et la tyrannie confrontées à la vérité, que des facettes de l’esprit au juste milieu.
 

               


Malgré le côté théologien que certains lui reprochent, Pascal aborde les thèmes essentiels de l’homme contemporain tiraillé entre la science et la foi, confronté à un dieu qui cède au matérialisme, soumis à l’angoisse de la condition humaine.
Il nous présente aussi un Pascal joueur qui
« aimait les masques, les doubles, les pseudonymes [...]  Il faut imaginer un Pascal taquin, riant avec le duc de Roannez, Méré ou Mitton.  En tout mathématicien, il y a du potache. »
 

       
 

Les Pensées de Pascal contiennent des formules célèbres et incontournables comme le roseau pensant, les deux infinis, le pari ou le nez de Cléopâtre qui combinent deux talents exceptionnels : sa maestria à manier la langue et la rigueur de la pensée du  mathématicien et du physicien incomparable qu’il fut.
Certaines de ses sentences ont fait mouche, quand il écrit par exemple : « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie, » « Qui veut faire l’ange fait la bête » ou « Le cœur a ses raisons, que la raison ne connaît point  ».
 

               
 

En général, Blaise Pascal apparaît plutôt comme un homme austère, comme la doctrine qu’il prônait, tourné vers la religion et marqué par sa conversion de 1654, qui affirmait qu'en dehors de Dieu, il n'y a que « vices, misères, ténèbres et désespoir ». Voltaire pensait que sa mélancolie l'avait perdu. Alors, qui était-il en réalité, au-delà de cette image stéréotypée qu’on a souvent de lui. C’est bien ce défi que l’auteur veut relever.
 

               
 

« Pascal parle beaucoup de Montaigne » dit Antoine Compagnon et « Pascal est un dialecticien, qui cherche à résoudre le conflit de la misère et la grandeur de l'homme ».

Contrairement à une idée reçue, pour lui, « Pascal, c'est la recherche du bonheur. »  Il passe en revue les moyens qui nous permettent de fuir les questions essentielles à travers le divertissement. Et cette pratique nous évite de réfléchir au sens de notre vie et à Dieu.
 Il met en avant sa facilité de manier la langue française : « Pascal est vraiment un très grand styliste, qui a traversé tous les artifices, l'un des plus grands de la langue française ».

 

     
 

Voir mes fiches :
+
Antoine Compagnon, Un été avec Baudelaire, 2015
+ Patrick Boucheron, Un été avec Machiavel, 2017 --
+ Régis Debray, Un été avec Paul Valéry, 176 pages, 2019 --

+ Montaigne à cheval -- Sara Bakewell, Sur Montaigne --
+ Charles Baudelaire, une jeunesse --

Voir aussi
* Série Un été avec ... éditions Des Équateurs, Collection Parallèles
   Montaigne, 169 pages, mai 2013, Proust, 235 pages, mai 2014, Victor Hugo, 222 pages,
   avril 2016, Homère, 252 pages, avril 2018
* François Sureau, "L'Or du temps", éditions Gallimard -- Le siècle des Lumières --

 

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   << Christian Broussas  Avec Pascal © CJB  ° 19/07/ 2020  >>
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20 juillet 2021

Edgar Morin Leçons d'un siècle de vie

Référence : Edgar Morin, Leçons d'un siècle de vie, éditions Denoël, 160 pages, juin 2021

              

Avec Edgar Morin, la sociologie compte au moins un centenaire qui revient dans ces Leçons d’un siècle de vie, sur une existence qu'il parcourt avec le recul de son âge. C'est aussi peut-on lire, « une invitation à la lucidité et à la vigilance. »

Le "vieux sage", champion de l'analyse du complexe [1], nous avertit d'emblée : « Qu’il soit entendu que je ne donne de leçons à personne. J’essaie de tirer les leçons d’une expérience séculaire et séculière de vie, et je souhaite qu’elles soient utiles à chacun, non seulement pour s’interroger sur sa propre vie, mais aussi pour trouver sa propre Voie. »

Sa femme Sabah Abouessalam « Edgar n'a pas d'âge ! »

Son centième anniversaire ne l'empêche pas de continuer à s'intéresser aux événements de son temps. Et il en a connu des événements tout au long de ce vingtième siècle de "bruit et de fureur", de ses errances, de ses espoirs aussi, des crises qui ont jalonné son cours.
Et il tente ici de nous transmettre quelques précepts tirés de sa réflexion et de sa longue expérience.

               

Il est resté un humaniste qui, pour donner corps à la lucidité, prône une prise de conscience permanente pour se détacher des tendances actuelles, pour retrouver les voies de la solidarité dans un humanisme renouvelé en évitant surtout les sirènes d'une révolution violente comme elle a déjà sévi avec le stalinisme.

L'humanisme signifie aussi combler le besoin de reconnaissance inhérent à tout homme, refuser que des gens soient humiliés, dédaignés, traités comme des objets et reconnaître l'humain dans l'autre.

         
Edgar Morin et Jean Daniel
« Nous sommes intoxiqués par un mode de vie accéléré, chronométré. »

Ça veut dire aussi oser réaliser ses aspirations, rechercher la convivialité pour privilégier l'humain, rendre complémentaire l'individuel et le collectif, la raison et la passion pour intégrer la poésie à la vie une poésie synonyme d'enthousiasme, d'étonnement, d'émerveillement, d'amitié, en s'efforçant de préserver « l'unité dans la diversité. »
.
                

Il sait bien que rien n'est jamais acquis et qu'il faut toujours se garder des tentations d'un néo fascisme, disant : « Je garde la capacité de révolte intérieure face à la cruauté du monde et la sagesse consiste à contrôler mes passions par la raison et à nourrir la raison par mes passions. » Cette sagesse qu'on lui impute, ce n'est en fait que « l'expérience de la vie ! »


    Montpellier 2019
« Le confinement nous apprend à être délicat à l'égard du conjoint. »

Notes et références
[1] Voir en particulier ses essais intitulés "introduction à la pensée complexe" (ESF, 1990) et "Connaissance, ignorance, mystère", (Fayard, 2017)

Mes fichiers sur Edgar Morin
Entrée dans l'ère écologique -- Actualité et complexité --
Les souvenirs viennent à ma rencontre -- Mes philosophes --

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<< Christian Broussas, Morin Leçons 20/07/2021 © • cjb • © >>
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1 février 2021

Pierre Pépin, La rencontre

Référence : Pierre Pépin, La rencontre, une philosophie, éditions Allary, 272 pages, 2021

          

« La rencontre nous révèle à nous-mêmes et nous ouvre au monde. »

Certaines rencontres ont sur nous une influence fondamentale. Pour cela, il faut d’abord être disponible et ceci, de tous les points de vue.
Ces rencontres peuvent être de plusieurs types, quelles soient amoureuse, amicale, professionnelle, permettent de sortir de soi-même, de vivre une expérience unique qui a ses beautés et ses risques. Il y faut d'abord une certaine confiance en soi, une attitude qui « se conquiert vraiment dans la relation avec les autres et dans la relation au monde. »

               

Pour les évoquer, Charles Pépin va chercher philosophes, romanciers et cinéastes et fait appel à des auteurs aussi divers que Platon, Christian Bobin en passant par Belle du Seigneur d’Albert Cohen ou Sur la route de Madison de Clint Eastwood.
Il dit que
« chez Aristote comme chez Hegel, on pense la beauté de la rencontre dans l’aventure d’un retour à soi. »

               

« La rencontre est une promesse. »

Pour illustrer tout ce qu’une véritable rencontre a de particulier dans ce qu’elle comporte de découverte de soi et d’ouverture de son environnement, il s’adresse aussi à la relation entre Pablo Picasso et Paul Éluard, David Bowie et Lou Reed, Voltaire et Émilie du Châtelet par exemple.

Par temps de confinement, la rencontre impossible devient un bien encore plus précieux qu’en temps ordinaire. Bien entendu, les solutions numériques ne sont qu’un pis-aller qui ne peut transformer un hasard en destin. Il est vrai aussi qu’une rencontre intime peut également se faire par à travers un paysage, une œuvre picturale, un roman, un recueil de poésie ou un ouvrage philosophique.

               

Les exemples qui constellent son livre permettent à Charles Pépin de considérer la rencontre comme une aventure pour dépasser son ego, que ce soit l’amitié chez Aristote, l’attention chez la philosophe Simone Weil ou l’amour entre de Albert Camus et Maria Casarès.En amour, écrit-il, « il y a cet instant où un certain regard bouleverse une vie comme dans Anna Karenine ou L’éducation sentimentale. »

Pour Charles Pépin, la rencontre commence réellement « quand elle vient briser le leurre de mon identité. La vraie rencontre avec l’autre fissure ma carapace identitaire, je mesure combien je suis complexe, multiple - elle est ce trouble, cette surprise. »

         

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<< Ch. Broussas, Pépin, Rencontre 31/01/2021 © • cjb • © >
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11 novembre 2020

Cynthia Fleury, Ci-gît l’amer

Référence : Cynthia Fleury, "Ci-gît l’amer, Guérir du ressentiment", éditions Gallimard, Collection Blanche, 336 pages, octobre 2020
 

« La confiance ne peut exister sans une communauté de destin. »
 

          
 

Cynthia Fleury poursuit, avec  son nouvel opus Ci-gît l'amer. Guérir du ressentiment, son travail autour de l’individu [1] et de sa place dans un état démocratique, commencé avec Les Pathologies de la Démocratie en 2005, La Fin du courage : la reconquête d’une vertu démocratique  en 2010, Les Irremplaçables en 2015 et 2018) et Le soin est un humanisme en  2019.
 

Celle qu’on a parfois appelée la philosophe clinicienne traite plus directement ici du processus de colère et les pulsions de haines qui traversent notre époque. Pour elle, « Le ressentiment est une peste émotionnelle. »
 

               

Son questionnement porte sur les liens entre la santé psychique des personnes et celle de la démocratie. Elle met l’accent sur des sociétés de plus en plus divisées et le ressentiment, sorte de  corollaire, ce mélange d'amertume et de rancœur qui sape toute évolution positive des individus comme des États. Dépasser cette situation et sortir de cette « peste émotionnelle », c’est trouver de nouveaux modes de fonctionnement capables de faire face à ce défi.
 

                   

Dans une interview, elle confie travailler « aux confins des crises individuelles et démocratiques », et le sentiment de ressentiment lui a semblé le symbole de ces deux entités. Elle l’a d’ailleurs en tant que praticienne constaté à maintes reprises que certains patients tombent dans le cercle vicieux de la rumination et de l'amertume, dont les principaux constituants sont le domaine professionnel, le manque de reconnaissance sociale et d’une façon générale, le mal-être.
 

La recrudescence de ce phénomène est due à des facteurs tels que l’emploi précaire ou un sentiment d’impuissance politique. Situation amplifiée par l’écho des systèmes sociaux qui développe aussi une violence verbale extraordinaire ou plus simplement dans les incivilités sur la voie publique, ce qui fait dire à Cynthia Fleury que « les digues émotionnelles des uns et des autres ont sauté. »
 

         
Avec le chanteur Jean-Louis Murat
 

« Diriger, c'est conduire un peuple avec son assentiment. »
 

Face à ses patients, elle met en oeuvre un processus de lutte contre le ressentiment et la façon de se réapproprier sa souffrance, en faisant appel à des théoriciens comme Ernst Cassirer, Ludwig Binswanger ou Karl Jaspers. Dans les groupes de discussion, les interactions doivent permettre aux participants d'avancer à partir de leur vécu.
 

         

Sur le plan collectif (et donc politique), Cynthia Fleury préconise trois niveaux d'intervention : Soigner, Gouverner, Eduquer, en se référant d'abord à la psychanalyse freudienne. Cette approche signifie que le pouvoir politique n'intervient pas seulement dans l'institutionnel et l'élection mais aussi dans le domaine relationnel pour développer une interaction positive avec les citoyens ("prendre soin d'eux"), espèce de prévention contre le ressentiment, ce qui devrait les amener à leur tour à défendre l'Etat de droit, à en avoir une vision positive.
 

Sa démarche est d'autant plus importante qu'elle se situe au carrefour de la philosophie, de la psychologie et de la politique et que le thème du ressentiment est vraiment central dans l'évolution de sociétés démocratiques.
 



Notes et références
[1] Ce qu'elle appelle "L'individuation", processus distinguant un individu des autres individus du groupe de référence dont il fait partie.

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<< Ch. Broussas, Fleury, "Ci-gît l’amer 12/11/2020 © • cjb • © >>
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1 novembre 2020

Jankélévitch entre musique et philosophie

« A-t-on remarqué à quel point la musique rend l’esprit libre ? Donne des ailes aux pensées ? Que, plus on devient musicien, plus on devient philosophe ? » Nietzsche, Le cas Wagner
 

         
                                                Vladimir Jankélévitch à son piano
 

Vladimir Jankélévitch et la musique est une longue histoire, une histoire de sensibilité qui aide beaucoup à saisir celle du philosophe, de comprendre plus avant sa réflexion sur la Résistance où il aura largement sa place, la mémoire et le judaïsme.
 


 

Jankélévitch a beaucoup écrit sur la musique et les musiciens (voir références musicales à la fin de cet articme), un ouvrage comme L’enchantement musical rassemble des textes peu connus qui ouvrent sur l’univers de l’homme et du philosophe. Même si dans sa vie, il a toujours tenu à bien distinguer les deux disciplines, ces écrits nous renseignent sur son goût pour certains musiciens comme Maurice Ravel ou Claude Debussy par exemple, auxquels il a consacré une monographie et sur ses choix en matière musicale.
 

               
 

Musique et musiciens

La musique tenait dans sa vie une place essentielle. Chaque jour, il jouait du piano, donnait des réceptions où il invitait des musiciens et collectionnait les partitions. Il pensait que le plaisir n’est jamais coupable et reste un moteur incomparable de l’âme humaine.
 


 

S’il fut un inconditionnel de Ravel, défendit Fauré, trouvant même son Requiem bien meilleur que celui de Verdi, la musique sérielle ne l’a jamais vraiment touché.
Il s’intéressa à l’œuvre de Claude Debussy qui considérait la musique comme essentiel dans la vie, plus que le théâtre ou la poésie. Il ne ménage pas non plus ses critiques contre « la musique prolétarienne » La symphonie des machines de Mossolov, se demandant ironiquement : « à quand la rhapsodie des hauts fourneaux, la sonatine des machines à coudre ? »
 

            
 

Franz Liszt d’abord

Liszt serait celui qui a permis à « la France de se délivrer de Wagner ». Ce qui lui plaît d’abord est que Liszt cherche à rapprocher les hommes, et en premier lieu au sein de l’Europe. Pour cela, il lui faut un langage commun et ce langage sera bien sûr la musique. Il voudrait « une Europe dans un monde déchiré et une Europe qui ne soit pas en même temps un Europe passionnelle et agressive. »
 

               
 

Jankélévitch s’attache à l’importance des Tziganes pour Liszt, ces hommes sans patrie, « ces prolétaires qui ne possèdent rien », opprimés et libres des contraintes de la vie civilisée, qui circulent dans toute l’Europe et de ce fait, jettent un pont entre les hommes.
 

Il étudie aussi ses talents de virtuose, sa contribution à l’art du piano, son jeu personnel dans l’échange des mains qui donne plus de puissance, car « pour exécuter ces cascades de notes, des procédés barbares deviennent nécessaires : le pianiste balaye les touches avec le dos de sa main, assène sur le clavier des coups éperdus ».
 

         
 

Musique et philosophie chez Jankélévitch

À travers son rapport à la musique,  on retrouve le Résistant, celui qui rejette l’inertie, qui agit selon sa conscience, libération de soi et d’autrui. Il s’appuie sur l’exemple de Paul Paray qui refusa de licencier des musiciens juifs et dirige La Marseillaise en 1942 à Lyon, . « Paray a eu de l’honneur pour tous les homoncules qui n’en n’ont pas eu ; dans ce marécage de Vichy-la-Honte où s’ébrouèrent tant d’affreux coquins et tant de polissons dynamiques. »
 

Son rapport à la musique est certainement lié intimement à son histoire, celle de l’exilé qui finit par accepter sa situation et qui, pour lui, reviendra pendant l’Occupation, ce qu’il appelle « le pathos de l’exil ».

L’implantation dans un lieu définit une identité qui fait que la musique va devenir peu à peu nationale, propre à chaque pays. Ce phénomène explique «  la différence entre l’esprit rhapsodique et l’esprit symphonique » dit Jankélévitch, car « une rhapsodie est espagnole, basque, ibérique, slave, bulgare ou portugaise, mais une symphonie est héroïque ou pastorale ou fantastique », celle-ci se référant à « la corde qu’elle fait vibrer en nous,» au fameux pathos…

 

       

Liszt appartient à ce courant qu’il a plus accompagné qu’initié et cette tendance fait que « la musique elle-même devient alors une sorte d’acte insurrectionnel. » Pour JankélévitchLiszt n’est pas seulement un virtuose, c’est un humaniste « ennemi de la tyrannie, le défenseur des nationalités opprimées par la monarchie des Habsbourg, l’insurgé qui fait cause commune avec les martyrs, les révoltés, les exploités, les humiliés, les offensés. »

Et on pourrait reprendre la même démarche pour des musiciens comme Moussorgski ou Bartok.
 

         
 

Debussy et le mystère de l'instant

Vladimir Jankélévitch, dont l’œuvre a toujours mêlé philosophie et musique, veut cerner dans cet ouvrage le mystère de l’instant qui est central dans la musique de Debussy.

Le mouvement musical chez Debussy est dominé par la tension entre une phase descendante symbole de la profondeur et une phase ascendante symbole de lumière. Mais au-delà, l’essentiel réside dans cet instant indéfinissable, évanescent, qui surgit à partir du vide et du silence.

On peut le voir comme un instant bref et impalpable, qu’on peut définir comme une espèce d’éclair ou d’étincelle, cette insondable fraction de seconde où tout devient possible. Mais aussi qui est insaisissable, comme la lumière à la fois sublime au zénith et déjà sur le déclin.

Le génie de Debussy a été de réussir à traduire en musique ce qui est le plus impondérable à exprimer, à transposer ainsi sa sensibilité. Sa musique est comme une respiration, une pulsation, comme un reflet à la surface d’une eau dormante, ce "presque rien" comme disait Vladimir Jankélévitch [1], qu’il cherche inlassablement à représenter en notes de musique.
 

         
 

Notes et références
[1] Voir son ouvrage intitulé "Le Je-ne-sais-quoi et le presque-rien", éditions PUF, 216 pages, 1957
 

Ses écrits en matière de musique

* La Musique et l'ineffable, Armand Colin, 198 p, 1983
* Le Nocturne, Lyon, Marius Audin, 50 p. ; 1957, réédition Albin Michel
* La Musique et les heures. Satie, Rimski-Korsakov, Chopin, Le Nocturne, recueil de Françoise Schwab, Le Seuil, 293 p. 1988
* Gabriel Fauré et ses mélodies, Paris, Plon, 250 p, 1938, Nouvelle édition Plon, 1951, 350 pages et Fauré et l'inexprimable, De la musique au silence, Plon, 384 p., 1974, réédition Presse Pocket, 1988

* Maurice Ravel, Paris, Rieder, 130 p, 1939, réédition éditions Le Seuil, 192 pages, 1995
* Liszt et la Rhapsodie, essai sur la virtuosité, De la musique au silence, t. III, Plon, 183 p., 1979, réédition 1989 et Liszt, rhapsodie et improvisation, Flammarion, 1998

* La Vie et la mort dans la musique de Debussy, la Baconnière, 152 p., 1968
* Debussy et le mystère de l'instant, De la musique au silence, t.2, 1976, réédition 1989

 

Voir aussi mes fiches :
* Vladimir Jankélévitch, Biographie -- L'aventure, l'ennui, le sérieux --
* Articles 2020 :
** Michel Onfray, La vengeance du Pangolin et Grandeur du petit peuple --
** André Comte-Sponville, Cahier de l'Herne --

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9 octobre 2020

André Comte-Sponville Cahier de L’Herne

Référence : André Comte-Sponville, François L’Yonnet, éditions Les cahiers de l’Herne, 272 pages, janvier 2020

     

Être édité par est d’abord une reconnaissance, un hommage à une œuvre qui a un résonance particulière et est parvenue à une grande notoriété. Une quarantaine de contributeurs ont été choisis pour présenter la vie et l’œuvre d’André Comte-Sponville qui dit-on, a su par des idées aussi claires que son style, rendre la philosophie plus accessible au grand public, dans les principales dimensions qu’il a abordées, aussi bien la morale, la métaphysique, l’esthétique que la politique.

   Michel Onfray & André Comte-Sponville

Il a peu à peu construit un corpus basé par la morale dans plusieurs ouvrages marquants dont sans doute le plus connu, intitulé  Petit traité des grandes vertus, paru en 1995, succès dû aussi à la volonté de vulgarisation de son auteur.
Il y défend l'idée qu'il vaut mieux parler des vertus que des vices car l'étique doit d'abord être une ouverture, une façon de s'élever dans l'introspection, passant en revue dix-huit de ces vertus qui sont indispensables à "l'honnête homme" du XXIème siècle.

               

Son intérêt tient certainement à son souci de placer la philosophie au centre des problématiques contemporaines. La philosophie est avant tout un « choix de vie », une discipline qui donne un cadre pour « mieux penser », permettent comme il dit de  « penser sa vie » et de « vivre sa pensée ».

Il fait remarquer qu’aujourd’hui, nous sommes en quelque sorte « punis par là-même où nous n’avons pas péché car la surpopulation aboutit à une catastrophe écologique annoncée. » Même s’il est écrit dans la Bible « croissez et multipliez-vous ».

                
Pensées sur la connaissance       Pensées sur l’amour              Pensées sur la liberté

Son credo se trouve sans doute dans cette pensée : « Un philosophe n’est pas là pour donner des leçons de morale, mais plutôt pour nous permettre de penser cette morale. » Il ajoute que « philosopher m’a permis de mettre ma puissance de pensée au service de ma faiblesse de vivre. »

Son goût pour la réflexion, la spéculation viendrait de cette référence remontant à sa jeunesse : « Quand j’étais jeune, je voulais être romancier. Mais ce détour par la fiction m’a semblé finalement un peu inutile. Au fond, la vie est tellement intéressante telle qu’elle est, que ce n’est pas la peine d’inventer des histoires. »
Si tant est que la littérature ne soit qu’un moyen "d’inventer des histoires".

           
Pensées sur l’athéisme               Pensées sur l’art                 Pensées sur l’homme

Son souci principal est de relier les œuvres des grands philosophes classiques aux réalités contemporaines. Il réfléchit à travers des thèmes classiques comme le bonheur (La plus belle histoire du bonheur), le sens de la vie (Pensées sur l’homme), la sagesse (Pensées sur la sagesse), la tolérance, l’humanisme sans dieu (Pensées sur dieu et Pensées sur l’athéisme) [1], la liberté (Pensées sur la liberté) ou encore l'art et la connaissance.

Dans son Traité d’athéologie, Michel Onfray le présente comme « un chrétien athée ». Lui se voit plutôt comme un athée qui sait cependant que l'athéisme reste une croyance, tout en étant un humaniste tenant à certaines valeurs morales et culturelles.

L’essentiel pour chacun est de rechercher la vérité de l’existence, ce qu’il nomme « L’insistance ou "insistantialisme" ». Pour cela, il faut qu’il abandonne les illusions qu’il se fait sur lui-même. C’est donc à la base un corpus matérialiste [2], aucune projection ne peut échapper aux contraintes du présent ou, pour dire les choses autrement, aucune transcendance n'échappe à l’immanence, et  aucune liberté ne peut faire l’économie du réel..

Dans la même logique, l’homme est indissolublement lié à sa condition, tenu par les principes d’identité et de raison, l’essence précède l’existence et exister vraiment dans toutes ses dimensions, c’est assumer la liberté d’être et d’agir dans le cadre de ses valeurs.

           
Essai sur Albert Camus      Devant sa maison de Coulouvray-Boisbenâtre dans la Manche
 De l'absurde à l'amour

Le dossier des cahiers de l’Herne est complété par un court texte de Comte-Sponville intitulé "L’anti utopie", reproduit ci-dessous, qu’il aurait pu sous titrer "Défense et illustration de la démocratie".

Il n'est pas impossible qu'aucune démocratie dans deux siècles n'existe plus nulle part, qu'il n'y ait plus dans le monde entier que des dictatures, des États totalitaires, militaires ou mafieux qui auraient supprimé toute liberté d'expression, toute élection, toute manifestation, toute grève, enfin, qui renierait indéfiniment par la violence, le bourrage de crâne, la terreur.

Songeons alors aux quelques démocrates qui subsisteraient clandestinement, ici ou là, qui se réuniraient peut-être parfois en secret. Lorsqu'ils penseraient au début du XXIe siècle, par exemple en France. Ils y verraient une époque merveilleuse où la presse était libre, où des débats contradictoires se multipliaient sur les chaînes d'information, où les réseaux sociaux pullulaient hors de tout contrôle ou peu s'en faut, où l'on pouvait voter contre le pouvoir en place, le renverser tous les cinq ans, manifester et faire grève pendant des semaines, se moquer du chef de l'État, appeler même à l'insurrection.

                     

Cette époque qui leur paraîtrait rétrospectivement tellement enviable. L'une des plus libres que l'humanité ait jamais connue, c'est la nôtre. Cela n'empêche pas les souffrances, les difficultés et les inquiétudes, qu'elles soient écologiques ou sociales. Mais celles-ci, à l'inverse, ne doivent pas masquer la chance qui est la nôtre de vivre en paix dans une démocratie. 

Bref, ce que je veux suggérer par cette espèce d'anti-utopie, c'est que ce n'était pas mieux avant. On vivait moins bien et la parole était moins libre sous de Gaulle que sous Macron et que ça pourrait être bien pire demain ou après demain. 
Raison de plus pour veiller sur la démocratie comme sur la prunelle de nos yeux. Elle est notre bien commun et plus précieuse pour tout démocrate que ce qui nous oppose. 

Je me méfie des utopies qui font mépriser le présent. Puisse cette anti-utopie nous réconcilier avec lui et les uns avec les autres, non en supprimant les conflits qui font partie de la démocratie, mais en réduisant un peu la haine.

            
Pensées sur le temps           Pensées sur la sagesse           Pensées sur dieu

Notes et références
[1]
Voir aussi L'Esprit de l'athéisme, Introduction à une spiritualité sans Dieu, Albin Michel, 2006
[2]
Voir aussiDu tragique au matérialisme, 26 études sur Montaigne, Pascal, Spinoza, Nietzche et quelques autres

Voir aussi

* Comte-Sponville dans La Manche --
* Paul Ricœur: Présentation -- Temps et récit -- La mémoire, l'Histoire, l'oubli --
* Sarah Bakewell, Sur Montaigne --  Jean Lacouture, Montaigne à cheval --
* Antoine Compagnon, Un été avec Baudelaire -- Patrick Boucheron, Un été avec Machiavel --

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<< Christian Broussas, Comte Sponville 04/02/2020 © • cjb • © >>
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25 août 2020

Michel Onfray La vengeance du pangolin

Référence : Michel Onfray, La vengeance du pangolin, éditions Robert Laffont, 312 pages, novembre 2020

         

Onfray et le virus, un thème alléchant s'il en est, il fallait bien que notre philosophe s'empare du sujet et nous régurgite le résultat de ses cogitations. Et comme souvent, on n'est pas déçus, ne serait-ce que dans la façon d'aborder le sujet car ce « virus virtuel n'était pas la seule réalité avec laquelle nous avions à compter » écrit-il.



Onfray traite de la question avec son mordant coutumier, le désossant de son scalpel acéré... « du savon, du gel et un coude : nous étions prêts, comme en 40, le virus n’avait qu’à bien se tenir. » (page 31)
"Les masques dites-vous" ? tour à tour inutiles et même dangereux puis obligatoires, salutaires, voire providentiels. En réalité : un mensonge d’un Etat qui a préféré couvrir la pénurie.

               

Dans la veine de ses chroniques écrites ou jour le jour en fonction de l’actualité comme sa "trilogie" récente composée de Décoloniser les provinces, La cour des miracles et Zéro de conduite, Michel Onfray nous raconte sa vision de la crise sanitaire et économique.

Il fut parmi les premiers à alerter sur les dangers de ce virus alors que certains n'y voyaient qu'une nouvelle variante de grippe. Pendant le temps du confinement, Michel Onfray a tenu un "journal des événements" où il a noté faits et réflexions. Il y souligne en particulier les incohences des politiques suivies et le rôle du Président de la république, les limites de l'idéologie libérale et de ses moyens économiques.

               

Dans ce domaine surtout,  le sacro-saint leitmotiv de rentabilité est subitement devenu obsolète, les carences de l'hôpital apparues sous la lumière crue de ses conséquences, la dépendance industrielle du pays dans certains domaines névralgiques a largement choqué l'opinion publique. En bon philosphe, il nous renvoie à des grands anciens comme Plutarque, Sénèque et Marc-Aurèle.

       

Il y voit une espèce de révélateur de l'état de nos sociétés, « des folies de notre époque » marqué par la faiblesse de l'État français et de son chef aussi bien que de l’Europe de Maastricht. Il n'est pas plus bienveillant envers les intellectuels, les philosophes qui ont choisi l'économie contre les personnes âgées, dénonçant les batailles stériles entre scientifiques, la dévalorisation de l’expertise et d'une médecine médiatique, les carences des journalistes à rendre compte de la réalité.

Il y descelle une complicité de journalistes pour faire diversion : « La télévision montre donc […] le village Potemkine fabriqué pour cacher le réel, la réalité du réel, la cruelle réalité de ce réel cruel qui est que "la France n’est pas capable de produire des masques autrement qu’en laissant des bénévoles les tailler dans des coupons destinés à des slips." » (page 215)

       

« Penser le virus » écrit-il en sous-titre, histoire de revenir à la condition humaine : la vie qui recherche la mort pour perpétuer la vie. Cette vie qui nous est si chère, la crise nous a rappelé qu'elle est en fait indifférente à notre sort ! Ce que nous dit Michel Onfray à sa façon : « Car tout ce qui vit sur la planète ne vit qu’en tuant […] C’est au prix de la mort que la vie va !  » (page 250) Ce qui finalement n'est guère plus réjouissant.

         

Voir aussi
* Les fichiers de mon site Catégorie Michel Onfray --

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