Référence : Michel Foucault,  Les aveux de la chair, Histoire de la sexualité tome IV, éditions  Gallimard, coll. Bibliothèque des Histoires, édition établie par Frédéric Gros, 448 pages, 2018

    

« Un inédit majeur »

On pourrait penser que ce livre de Michel Foucault, écrit dans les années 1980, n'est pas vraiment un ouvrage d'actualité. L’auteur de l'Histoire de la folie à l'âge classique et de Surveiller et punir, analyse ici les doctrines des Pères chrétiens des premiers siècles (de Justin à Saint Augustin) sur la sexualité. [1]

Déjà en 1977, Michel Foucault écrivait, à l’occasion de la parution de La volonté de savoir : « Je n'ai pas voulu écrire l'histoire des comportements sexuels dans les sociétés occidentales, mais traiter une question plus sobre et plus limitée : comment ces comportements sont-ils devenus des objets du savoir ?
Il se demandait alors si son analyse du pouvoir faite à propos de la prison, ne pourrait être étendue à la sexualité et poser ainsi le problème : « qu'est-ce qu'on fait avec la sexualité… à quoi ça sert de s'y intéresser ? De sorte que le problème de l'interdit ne doit pas être le problème premier. »

Michel Foucault, qui s’était toujours intéressé au christianisme, constate que, malgré ce qu’ont affirmé beaucoup d’auteurs, la position de l’Église concernant les pratiques sexuelles n’étaient pas plus répressives que celle des philosophes "païens". [2]

« Centré sur la façon dont Saint Augustin et les Pères de l’Église concevaient le désir, Les aveux de la chair paraît enfin » écrit la philosophe Élisabeth Roudinesco dans Le Monde des Livres. La parution de ce volume,  le dernier de son Histoire de la sexualité, prend une dimension particulière au moment où le problème du consentement, central dans cet ouvrage, s’est imposé dans les débats actuels sur le harcèlement.

Le christianisme aurait également instauré une forme de pouvoir dit "réticulaire", qui forme un réseau, des connexions entre les êtres, [3] un « pouvoir pastoral » dans ce cas, qui s'immisce dans l'intime, privilégiant le contrôle par l’aveu des fautes…

             

Ce livre est consacré aux doctrines qui touchent au mariage, à la virginité, à la luxure, aux pratiques comme le baptême ou la pénitence, tels qu’ils étaient pratiqués par les Pères chrétiens de cette époque. Foucault y attache une importance particulière, pensant que cette expérience est proche du concept actuel de "sujets de désir", ce que Frédéric Gros nomme « une archéologie de la psychanalyse. »

Foucault s’intéresse à la question de la chair par les Pères chrétiens parce qu’elle rejoint celle d’une « éthique du sujet » qui par exemple se concrétise par la confession du moine à son directeur spirituel. « Tout ce qui le traverse – sentiments, désirs, affects – doit être redoublé et structuré par un discours qui doit être dit à un autre, explique Frédéric Gros. C’est cette verbalisation, constitutive d’une connaissance de soi, qui intéresse Foucault. »
Le christianisme donne ainsi à la sexualité un rôle primordial : « Elle devient ce dont on doit rendre compte, avec l’idée que quelque chose comme notre vérité s’y joue », toujours selon Frédéric Gros.

   Foucault en 1977

Notes et références
[1]
« Les ayants droit de Michel Foucault ont considéré que le moment et les conditions étaient venus pour la publication de cet inédit majeur » : c’est ainsi que Frédéric Gros, spécialiste de Michel Foucault (1926-1984), clôt sa brève information sur la diffusion d’un texte qu’on attend depuis plusieurs décennies… trente-six ans pour que Les Aveux de la chair, déposé la première fois chez Gallimard en 1982, soit édité. Présenté sans commentaire ni préface, ce qui peut paraître surprenant, ce texte qui a suscité tant de convoitises, ne figure même pas dans l’édition en deux volumes des Œuvres de Foucault dans la Pléiade parue en 2016. Il constitue le quatrième et dernier tome — après La Volonté de savoir(1976), L’Usage des plaisirs (1984) et Le Souci de soi (1984) — de son Histoire de la sexualité, « vaste étude sur la généalogie de l’homme du désir », selon Foucault lui-même.
[2] Ces principes auraient « émigré dans la pensée et la pratique chrétiennes à partir des milieux païens dont il fallait désarmer l’hostilité en montrant des formes de conduite déjà reconnues par eux pour leur juste valeur », écrit Foucault.
[3] Configuration qui s'oppose au pouvoir radial dont les rayons partent du centre jusqu'aux différents points périphériques

Mes fiches sur Foucault
* Foucault par Didier Éribon -- Foucault, trente ans déjà -- Foucault, les aveux de la chair --
* Michel Foucault & Gilles Deleuze -- Foucault, Penser l'homme --

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